• Saison 2010-01

     

    VENDREDI 29 JANVIER 2010, A 20:25
    MÉLODIES OUBLIÉES
     

     

    L'ariette oubliée des temps passés

    Chante une mélodie légère,

    Les doigts s'envolent sur le clavier,

    Le petit air est enjoué.

     

    La barcarolle caracole

    Et dansent les notes frêles,

    Le musicien a froid aux mains,

    L'été est encore loin.

     

    La romance doucement geint

    Et la trille se plaint.

    L'Italien pleure sur le piano

    Des mots d'amour en solo.

     

    Ecoutez bien la complainte

    Du pauvre petit cheval blanc,

    Le vieux berger a du chagrin,

    Sa voix s'éteint dans le matin.

     

     

     

     

    MERCREDI 27 JANVIER 2010, A 23:01
    MACHO
     

     

    De coquecigrues en balivernes

    T'en auras tant dit de fadaises

    De sornettes en calembredaines

    T'en auras parlé à ton aise.

     

    De fariboles en billevesées

    T'en auras encore ajouté

    De bêtises en balançoires

    Y'en a toujours jusqu'au soir.

     

    T'es qu'une buse, t'es qu'une sotte

    Une bêtasse, une bourrique

    Une bedole, une pauv'cruche

    Qui m'en radote même la nuit.

     

    C'est ma déveine

    C'est mon guignon

    Que ta bouche toujours ouverte

    Déverse autant de chansons.

     

    Petite gourdiflotte

    Petite gourgandine,

    Insupportable pipelette,

    Ferme ta bouche   et ta bavette.

     

    Enfin, enfin, comprends enfin

    Des rubans, des jarretières

    De la poudre et de la soie,

    Ok, mais sois belle et tais-toi !

     

    .

     

     

     

     

    MARDI 26 JANVIER 2010, A 11:41
    LES LETTRES
     

     

    Pour le nourrisson qu'on gave de tendresse

    Les seuls lettres vraiment importantes

    Sont celles chantées par sa maman

    Dodo, l'enfant do.

     

    Pour l'enfançon  sans détresse,

    Les seules lettres super importantes

    Sont les lettres calligraphiées de la  super maîtresse

    Qu'il faut super imiter.

     

    Pour l'étudiant licencié,

    Les lettres essentielles

    Sont celles qu'il écrit en secret

    A sa jolie dulcinée.

     

    Pour le petit prof déprimé,

    Les lettres plutôt importantes

    Sont celles qui vont s'imprimer

    Sur les résultats des lycées.

     

    Pour l'académicien pontifiant et bougon,

    Les lettres définitivement importantes

    Sont celles qui le loueront

    Dans sa posthume renommée.

     

    Pour le journaliste du bitume,

    Les seules lettres vraiment importantes

    Sont celles qui s'additionnent à la une

    Et font vendre du papier.

     

    Pour moi, poète du lendemain

    Qui remet chaque jour les lignes à taper,

    Les seules lettres importantes

    Sont celles que je ne peux écrire,

     

    Qui s'entortillent et s'entre-bouchonnent

    Dans ma pauvre tête échauffée,

    Et que mes mains trop inquiètes

    N'oseront jamais étaler.

     

     

     

    JEUDI 21 JANVIER 2010, A 20:38
    PRAJÂPATI
     

     

    Le Verbe est tout ce qu'il possède :

    Avec le Verbe, il emplit l'univers.

     

    La parole s'élance et remplit l'espace

    D'un satellite à la terre,

     

    D'un fleuve à l'océan,

    Des étoiles éteintes et lumineuses,

     

    Des montagnes enneigées

    Au plus profond des enfers.

     

    Prajâpati, le seigneur créateur

    Par le Verbe a créé la terre.

     

    Prajâpati, le seigneur de l'univers

    Par la parole a créé l'espace.

     

    Prajâpati, le dieu de l'absolu

    Par les sons  a créé le ciel.

     

    Prajâpati, maître de l'énergie

    A insufflé la vie par le cri.

     

    Le Verbe est tout ce qu'il possède,

    Avec le Verbe, il emplit l'univers.

     

    Et l'homme à son image

    Ecoute, parle, chante, écrit,

     

    Homme et dieu par le Verbe,

    De toute éternité, il est esprit.

     

     

     

    MERCREDI 20 JANVIER 2010, A 20:57
    HAÏTI
     

     

    Sur la nappe damassée,

    La bonne assiette de soupe

    Et des couverts d'argent ;

    Des bougies parfumées,

    Un verre de frais vin blanc.

     

    La télé ouvre sa fenêtre

    Sur le soleil d'Haïti :

    Des pierres, une main, un cri.

    Je bois mon frais vin blanc.

     

    Dans mon fauteuil capitonné

    Je ressasse ma dure journée.

    J'attends un film rigolo ou stressant,

    Je grignote sans y penser

    De jolis chocolats noirs ou blancs.

     

    La télé ferme sa fenêtre

    Sur le soleil noir d'Haïti.

    Plus de pierres, plus de main, plus de cri :

    J'ai mangé tous mes chocolats blancs.

     

     

     

    DIMANCHE 17 JANVIER 2010, A 11:51
    DEMAIN
     

     

    Demain, sans doute, demain,

    Je pourrai de nouveau

    Goûter le sel, goûter

    L'amer et le sucré,

    Goûter autour d'une table

    Avec de joyeux amis,

    Le vin et l'eau,

    Le rire et les larmes.

     

    Demain, oui, demain,

    Si mes lèvres savent encore sourire,

    Si mon cœur sait encore battre,

    Je pourrai de nouveau

    Plaisanter pour un rien,

    Parler pour parler,

    M'étonner d'un regard,

    Admirer sans comprendre,

    Aimer sans questionner.

     

    Aujourd'hui, aujourd'hui,

      seul compte le présent,

    Où seule s'éveille la nuit,

    Aujourd'hui, je dors,

    Mais mon sommeil me trouve debout

    Prête à m'affaler,

    Prête à renoncer,

    A tout, sauf à dormir si je suis allongée,

    A tout, sauf à vivre si je suis éveillée.

     

     

     

    MERCREDI 13 JANVIER 2010, A 16:00
    COMME UN CHIEN,
     

     

    Je voudrais me coucher par terre comme un chien,

    Le museau sur les pattes,

    Les yeux fermés,

    Et qu'entre le visiteur,

    Et qu'entrent le voleur,

    L'enfant et sa nounou,

    La grand'mère et son chat.

    Rester couché sur le paillasson

    Aussi immobile que le chien de faïence

    Figé sur la cheminée,

     

    Aussi inutile,aussi transparent.

    A peine ouvrir une paupière lourde et paresseuse

    Sur le vent déplacé par la porte ouverte .

    Ne rien voir, ne rien penser,

    Ou du moins, faire semblant,

    Et que sonne l'horloge, et que sonnent les portables,

    Et que défilent les clips assourdissants à la télé,

    Et que passent et s'oublient les films couronnés,

    Et que braillent chanteurs et journalistes

    Parlant de foot, de cyclones et d'amours mortes...

     

    Ne plus voir les larmes des hommes,

    Ne plus entendre leur rire

    Aussi loin, aussi proches soient-ils.

    Hier pourtant, j'écartais mes ailes de mouette blanche,

    Hier, je flottais au vent joyeux.

    Dominant du regard océan et falaise,

    J'étais l'oiseau planant sous les nuages clairs,

    J'étais l'oiseau dansant au soleil levant.

    Aujourd'hui,j'ai perdu mes plumes blanches et légères,

    Sur le seuil poussiéreux, je suis devenu chien.

     

    Et maintenant, laissez-moi dormir

    Entre mes pattes douces,

    Réglant mon rêve noir

    Sur le souffle de ma truffe mouillée.

    Ne caressez au passage

    Ni mes oreilles inquiètes agitées de tremblements,

    Ni le poil de mon échine maigre,

    Ni mon cou arrondi sur mes peurs...

    Je veux seulement dormir au chaud

    Près d'une porte qui s'ouvre.

     

     

     

     

    LUNDI 11 JANVIER 2010, A 12:41
    L'HOMME DEBOUT
     

     

    L'homme debout  (musée d'archéologie de Nemours)

     

    Dans la pierre ou sur les feuilles d'agave,

    Sur les peaux de cerf bien tannées

    Et sur les vélins transparents,

    Au fond des grottes des Eyzies

    Ou dans la tombe de Dame Hao à Xiaotun,

    Dans la brûlure du désert

    Ou sous les vertes frondaisons,

    Moi, l'homme debout,

    J'ai voulu dessiner, écrire,

    Dessiner, écrire et écrire toujours,

    Encore et encore,

     

    En points groupés,

    En bâtonnets sévères et droits,

    En sillons, en hiératique,

    En pictogrammes,

    En inscriptions oraculaires,

    En caroline, en lettres capitales,

    En arabesques,

    De gauche à droite, de haut en bas,

    Ou tout à l'envers, la tête en l'air,

    La main posée, la main levée

    Ou frappant sur la touche froide,

    Toujours et toujours,

    Pour signer de mon nom 

    L'intelligence de l'homme,

     

    Moi, l'homme debout,

    J'ai trouvé le caillou, la craie et l'encre,

    L'os et l'ivoire, le bambou et la soie,

    Le fusain noir, le clavier blanc,

    Pour signer de mon nom,

    De mon nom d'enfant de Dieu

    L'esprit, le génie et le courage,

    La bêtise et la méchanceté,

    La pensée exprimée, partagée, contestée,

    Le bien et le mal,

    Le pardon et le génocide,

    Le mariage et la répudiation,

    Moi, l'homme debout,

    J'ai pu procréer et mourir,

    J'ai pu vivre misère et magnificence,

    J'ai pu ouvrir les mers et conquérir la lune rousse,

     

    Rien, rien d'autre ne m'a fait avancer

    Que ce désir permanent d'écrire,

    D'écrire et d'écrire

    Avec plume ou clavier

    Pour signer mon fulgurant passage

    Sur cette terre hospitalière,

    Remuer le cœur d'une femme,

    Traverser fleuves et océans,

    Etablir lois et décrets,

    Jeter l'espoir ou le désespoir,

    L'éloquence et le mensonge,

    La vie, la mort,

     

    Moi, l'homme debout,

    J'ai la mission d'écrire,

    La passion des mots,

    Le culte de la pensée,

    Et  le désir puissant de fixer pour toujours

    Ma brève destinée

    Sur cette terre  où tournent les heures,

    Et qui me donne argile, peau, encre,

    Juste pour quelques mots

    Soufflés par mon esprit divin,

    Quelques mots écrits

    Qui me séparent de l'animal

    Muet pour toujours

    Et pour toujours soumis, pourchassé, domestiqué.

     

    Je suis vivant, je suis  debout,

    J'écris, je suis libre et éternel.

     

     

     

     

     

    DIMANCHE 03 JANVIER 2010, A 23:27
    LE GRAND SILENCE
     

     

    Au vent qui m'enveloppe

    Jamais je ne dirai de dormir;

    A la vague impatiente,

    A la rivière bruissante,

    Jamais je ne dirai de se taire:

    Et ma parole, il faut la baillonner,

    Ou attendre patiemment dans la nuit

    Qu'une étoile me fasse signe.

     

     

    DIMANCHE 03 JANVIER 2010, A 12:32
    ESTAMPE JAPONAISE
     

     

    Estampe japonaise Surimono, vœu du 3 janvier.

     

    Qui sait où partent

    Sur ce bateau trop chargé

    Les sept divinités du bonheur

    Qu'un dragon malicieux conduit ?

     

    Qui sait où les mènent

    Vents et marées ,

    Qui sait où trouver les îles

    Où boire l'eau de l'espoir ?

     

    Qui choisira la bonne route,

    Celle qui conduit au bonheur,

    Qui noiera sa boussole

    En préférant le vent ?

     

    Elles partent bien habillées,

    Les cheveux lisses et la soie brillante,

    Entassées sans bagages ni sacs de riz

    Vers l'aventure de la vie.

     

    Emmenez-moi, déesses du bonheur,

    Je promets d'être sage et de vous écouter,

    Et je promets de croire

    A des orients dorés.

     

     

     

    SAMEDI 02 JANVIER 2010, A 09:38
    LA VILLE ET LE NOUVEL AN
     

     

    Poussée par la folie

    Des néons, des tams-tams,

    Folie des fringues, des jeux, des miroirs,

    Je cours la ville, aux abois,

    N'osant hurler ma lassitude

    Et zappant les vitrines

    Qui blessent mes yeux.

     

    Sur moi s'écroulent

    Consommation, lumière et bruit.

    Mon sang à ma tempe

    Tape à mesure, brûlé de fièvre.

    Je suis la proie chassée, convoitée, piégée

    Des vendeuses fielleuses

    Et des baratineurs.

     

    Où puis-je poser mon pied

    Dans l'herbe verte, douce et tendre,

    Et  goûter à la source qui me rafraîchira

    Froide, pure, exquise?

     

     

     

    VENDREDI 01 JANVIER 2010, A 17:14
    DERNIERE PRIÈRE POUR LA NOUVELLE ANNÉE
     

     

    Quel vœu ferai-je pour toi, Seigneur,

    Toi qui connais le nombre de mes jours,

    Toi qui as sondé mon cœur,

    Toi qui comptes mes cheveux fous ?

     

    Quel vœu ferai-je pour toi, Seigneur,

    Toi qui me donnes l'eau, la lumière et le pain,

    Toi qui étends sur moi ta main

    Lorsque la nuit s'accroupit

    Sur mon dos fatigué

    Sur mes pensées figées ?

     

    Quel vœu ferai-je pour toi, Seigneur,

    Et quel sens a pour toi une nouvelle année,

    Toi, l'éternel dans cette immensité ?

     

    Quel vœu ferai-je pour mon Seigneur,

    Lui qui m'a donné

    L'arbre de la forêt,

    La fleur sur le talus,

    Mon chien fidèle et mon chat engourdi ?

     

    Quel vœu ferai-je pour mon Seigneur,

    Lui qui m'a donné

    La mer et le chant des baleines,

    La neige et les glaciers bleutés ?

     

    Quel vœu ferai-je pour toi, Seigneur,

    Toi qui m'as donné une si belle terre

    Où chaque pièce a son unique place ?

     

    Je fais vœu pour cette année nouvelle

    De ne plus abîmer ta  création,

    De ne plus en abuser,

    De ne plus la détruire

    Car c'est un merveilleux puzzle

    Où je suis moi-même imbriquée.

     

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :